lundi 2 mai 2011

La semaine française de Muhammad Yunus

A l'occasion de la publication de son livre "Pour une économie plus humaine. Construire le social-business", Muhammad Yunus a passé plusieurs jours en France pour en faire la promotion, donner des entretiens sur la microfinance et participer à un colloque sur le social business. Parmi les exemples de social business, Muhammad Yunus cite des projets portés par des multinationales : ainsi, le joint-venture Danone-Grameen pour créer un yaourt enrichi en nutriments destiné aux enfants du Bangladesh ; le joint-venture entre l'ONG Cure 2 Children et le Grameen Healthcare Trust, destiné à soigner la thalassémie, ; ou encore le projet Grameen Veolia Water, permettant de distribuer de l'eau potable à un village au Bangladesh.

Muhammad Yunus France Social Business
Rencontre avec Christine Lagarde

La ministre de l'Économie française, Christine Lagarde, a rencontré le 26 avril le professeur Muhammad Yunus. A cette occasion, Christine Lagarde a "exprimé le souhait qu'une solution au différend actuel entre les autorités du Bangladesh et le professeur Muhammad Yunus puisse être trouvé dans le respect des institutions du Bangladesh et dans l'intérêt de toutes les parties".

La distribution de l'eau potable en partenariat avec Veolia Water

Lors d'une conférence sur le social business organisée le 27 avril au Conseil économique, social et environnemental (CESE) par Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement, Muhammed Yunus a expliqué l'intérêt de son partenariat avec Veolia pour approvisionner en eau potable une zone rurale du Bangladesh. En effet, explique Novethic, c'est avec Veolia que la Grameen Bank a crée une filiale, la Grameen-Veolia Water, dont l'objectif est de fournir de l'eau potable aux populations les plus pauvres dans une zone rurale du Bangladesh. Inaugurée le 24 juin 2009, l’usine de production et de traitement d’eau, située à une centaine de kilomètres de Dacca, la capitale, permet d’alimenter une dizaine de bornes-fontaines situées aux alentours. Chaque foyer peut acheter jusqu'à 30 litres d'eau potable par jour à un prix modique : de 0,2 à 0,5 centime d'euros par litre, selon la distance de la borne à l'usine. Soit 100 fois moins que l’eau en bouteille vendue localement…L’investissement, de l’ordre de 500 000 euros, doit permettre d’alimenter à terme 40 000 habitants en eau potable".

Grameen Veolia Water
Muhammad Yunus explique comment une multinationale peut évoluer vers le social bussiness, chose difficile à comprendre à première vue : "nous n’avons pas de solution toute faite ni duplicable. Pour l’instant, c’est un processus d’expérimentation qui implique d’être indépendant des grandes institutions internationales comme des marchés financiers. Le crédo, c’est « pas de pertes, pas de dividendes ». Il faut donc sortir, mentalement, des cadres habituels du business".

Comme le résume Michel Rocard, présent au colloque organisé par le CESE, "le social business, c'est la logique d'économie marchande et capitaliste mais sans la distribution de dividendes". Pour l'ancien premier ministre, ce modèle est la preuve que "l'on peut vivre dans une économie de marché de manière non cupide".

Les médias parlent de la microfinance

L'occasion de la venue de Muhammad Yunus en France a été également été l'occasion pour la presse de parler de la microfinance. Dans une tribune pour YouPhil, intitulée "Muhammad Yunus, victime collatérale de la politique", Arnaud Ventura, vice-Président de PlaNet Finance (dont Yunus est le Président d'honneur), est revenu sur "l'affaire Yunus" qui est utilisée depuis plusieurs mois pour discréditer la microfinance et la Grameen Bank. Arnaud Ventura rappelle donc que :
La Grameen Bank a plus de 8 millions de clients. Ces clients améliorent chaque jour leur niveau de vie. Ils sont reconnaissants envers le Pr. Yunus. Avec leur famille, ce sont ainsi près de 40 millions de personnes sur lesquels la Grameen Bank a une influence directe.

Arnaud Ventura PlaNet Finance mobile banking
Arnaud Ventura explique également la mauvaise utilisation de la microfinance par les politiques. Ainsi :
Dans de trop nombreux pays, comme ce fut le cas en 2006 en Afrique, les candidats à la présidence sont élus en promettant aux emprunteurs qu’ils n’auront pas à rembourser leurs prêts. Ces promesses électorales, si elles permettent à certains de se faire élire, ont le défaut de ruiner les efforts de centaines de petites banques de microfinance qui ne peuvent que s’effondrer une fois les élections passées, les clients ne remboursant plus.

Dans bien des pays, les hommes politiques au pouvoir créent leurs propres programmes de microfinance, en réalité des programmes de crédits subventionnés dont l’objet est finalement d’encourager les clients à maintenir au pouvoir les politiques leur octroyant des crédits. Ce fut le cas en son temps dans la Tunisie de Ben Ali, c’est encore le cas en Algérie ou la microfinance est publique, mais aussi dans de nombreuses villes du Mexique, d’Amérique Latine et d’Afrique ou les mairies gèrent directement des programmes de microfinance…

Dans un entretien pour Le Figaro, Muhammad Yunus explique la genèse et l'évolution de la Grameen Bank :
Nous avons commencé avec des prêts de 30 ou 40 dollars. Aujourd'hui nous prêtons plus de 125 millions de dollars chaque mois avec une moyenne de 200 dollars par prêt. Avec 200 dollars, on ne démarre pas une entreprise, mais on élève des poulets dont on vend les œufs, des vaches dont on vend le lait. Et à présent nous avons affaire à une seconde génération d'emprunteurs. Contrairement à leurs parents qui étaient illettrés, ils sont allés à l'école et peuvent beaucoup plus facilement créer de vrais emplois, une petite société. Nous les encourageons à le faire et nous leur disons : “embauchez d'autres jeunes comme vous”.»

Ci-dessous, un entretien vidéo de Muhammad Yunus pour YouPhil.



Ci-dessous un entretien avec Muhammad Yunus pour France Culture.

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