mardi 8 mars 2011

Muhammad Yunus licencié de la Grameen Bank

Après plus d'une semaine de spéculation déjà résumée ici sur le licenciement de Muhammad Yunus de la Grameen Bank, la Haute Cour de Dacca vient de confirmer que le "père du microcrédit", 70 ans, a été relevé de ses fonctions de directeur général de la Grameen Bank, avec effet immédiat.

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Muhammad Yunus, ex-Directeur général de la Grameen Bank,
à la sortie du tribunal de Dacca.


Vers un appel de Muhammad Yunus


Dans un communiqué, la Grameen Bank s'est dit "très déçue" et compte "consulter ses avocats sur les prochaines étapes à suivre". Muhammad Yunus souhaite d'ailleurs faire appel du verdict. Selon Sara Hossain, une des avocate de Yunus, "nous ne sommes pas surpris, nous nous y attendions. La cour a simplement confirmé l'ordre illégal de la banque centrale du Bangladesh. Nous allons interjeter appel, nous espérons le faire dès demain".

Depuis le 2 mars, annonce du licenciement de Yunus par la Banque centrale du Bangladesh, les messages de soutien avait afflué : de l'Ambassade étasunienne au Bangladesh, de John Kerry, Président du Comité des affaires étrangères du Sénat des États-Unis, de Martin Hirsch, ancien président d'Emmaüs France, d'Arnaud Ventura, vice-président du groupe PlaNet Finance, ainsi que du Consultative Group to Assist the Poor (CGAP). Tilman Ehrbeck, président de CGAP et Vijay Mahajan, siégeant au conseil d'administration du CGAP, ont d'ailleurs écrit :
"Nous sommes très préoccupés par la campagne des ces derniers mois et des récentes actions en justice pour évincer Muhammad Yunus de la direction de Grameen Bank [...] Le large soutien international qu'a reçu le Professeur Yunus montre le rôle important que beaucoup de pays voient aujourd'hui dans l'inclusion financière. Nous ressentons également une plus grande prise de conscience et compréhension à un niveau politique dans plusieurs pays dont ceux du G-20 - de ce que l'inclusion financière puisse contribuer au développement social et économique".

Chaîne humaine des clients de la Grameen Bank

Le 5 mars, selon RFI, des milliers d'employés et de clients de la Grameen Bank avaient formé des chaînes humaines et demandé la fin du harcèlement dont Muhammad Yunus serait victime de la part du pouvoir. Selon Tanim Hussain Shawon, un des avocats, "la Banque centrale a inspecté la Grameen Bank durant les 12 dernières années. Durant toutes ces années, elle n'a jamais remis en question le renouvellement de son mandat (de directeur général). Cela donne des raisons de soupçonner qu'il s'agit d'un règlement de compte personnel contre Yunus".

Depuis plusieurs mois, de nombreuses personnalités de la microfinance s'accordent à dire que "l'affaire Muhammad Yunus" est avant tout une affaire politique. En effet, les relations entre Muhammad Yunus et la Première ministre Sheikh Hasina Wajed sont conflictuelles de longue date. En 2007, Muhammad Yunus avait accordé un entretien à l'AFP au cours duquel il avait déclaré que la politique au Bangladesh était simplement une affaire de "pouvoir pour faire de l'argent", ce qui lui valut une plainte pour diffamation déposée en janvier 2007 par un membre d'un petit parti de gauche.

Avec l'appel de Muhammad Yunus en perspective, il est sûr que cette affaire est loin d'être terminée.

Dales Adams : "Réserves au sujet des introductions en bourse des IMF"

Dans son Rapport 2011, la Campagne du Sommet du Microcrédit (Microcredit Summit Campaign) a publié une tribune du Dr. Dale Adams, Professeur émérite à l’Ohio State University aux États-Unis, intitulée "Réserves au sujet des introductions en bourse". Dale Adams y aborde l'une des polémique majeure de la microfinance : l'introduction en bourse d'IMF, comme SKS Microfinance en Inde et Compartamos Banco au Mexique.


Colère de clients de microfinance en Inde.

Quatre objections sont mises en avant : l'absence de besoin pour les IMF d'adhérer à des marchés financiers, le manque d'altruisme des introductions en bourse, l'absence de résultats concrets de lutte contre la pauvreté par les marchés financiers ; et l'imposition de taux d'intérêts trop élevés.

Ceux qui sont en faveur des introductions en bourse affirment qu’elles permettent d’accéder aux marchés financiers internationaux pour obtenir de nouveaux fonds, pouvant être utilisés pour réduire la pauvreté en offrant des prêts supplémentaires. Cet argument soulève cependant de nombreuses questions.

Premièrement, les IMF n’ont pas besoin des marchés financiers internationaux pour financer leurs prêts. A titre d’exemple, les banques Grameen Bank II et Bank Rakyat Indonesia financent leurs prêts par un surplus de fonds approvisionnés par l’épargne volontaire. Dans les deux cas, un plus grand nombre de pauvres bénéficient des services d’épargne que des services de prêts. De plus, la possibilité de lancer une introduction en bourse n’encourage pas certaines IMF à mobiliser l’épargne.

Deuxièmement, il serait déplacé de donner aux introductions en bourse une image altruiste. Elles attirent les investisseurs à cause des bénéfices non distribués (et des subventions) que ces organisations accumulent. D’où proviennent ces bénéfices non distribués ? Ils proviennent de la sueur des pauvres femmes qui empruntent auprès de ces organismes de prêts. Plutôt que de baisser les taux d’intérêts, la possibilité de lancer une introduction en bourse amène les initiés à pratiquer des taux d’intérêts élevés afin d’accroître plus tard leurs gains personnels. C’est faire preuve de sophisme que d’affirmer qu’en effectuant une introduction en bourse, on profite d’un groupe d’emprunteurs en pratiquant des taux d’intérêts élevés et, qu’en plus, l’on profite des pauvres femmes en imposant des taux d’intérêts élevés sur leurs emprunts pour supporter les cours de l’action.

Troisièmement, je me préoccuperais moins des introductions en bourse dans le secteur de la microfinance si les crédits octroyés aidaient de nombreux pauvres à sortir de la pauvreté. Les piètres résultats économiques, dévoilés par les essais aléatoires avec groupes de contrôle récents, révèlent que très peu de progrès sont en cours de réalisation. Si la plupart des emprunteurs utilisent les crédits pour stabiliser la consommation alors que très peu d’entre eux gèrent des entreprises dynamiques en croissance, ces résultats sont compréhensibles.

Quatrièmement, les taux d’intérêts toujours élevés, accompagnés des introductions en bourse, fournissent des arguments dévastateurs pour les démagogues. Le secteur de la microfinance ne peut se permettre d’être perçu comme étant un moyen pour quelques initiés de s’enrichir aux dépens des pauvres.

Lire le rapport 2011 État de la Campagne du Sommet du Microcrédit : http://www.microcreditsummit.org/SOCR_2011_FR_web.pdf

Dale W. Adams a notamment dirigé la publication du livre Finance informelle dans les pays en développement (Presses Universitaires de Lyon, 1994).

lundi 7 mars 2011

10 millions de Bangladais franchissent le seuil de 1,25 $US par jour

Selon un nouveau rapport commandé par la Campagne du Sommet du Microcrédit, près de 2 millions de foyers bangladais clients de la microfinance, soit environ 10 millions d’individus, ont franchi le seuil de revenu de 1,25 $US par jour entre 1990 et 2008.

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Une étude de plus de 4000 foyers bangladais, dirigée par Sajjad Zohir de l'Economic Research Group de Dacca, a constaté qu’un nombre impressionnant de familles sont sorties de la pauvreté entre 1990 et 1997 mais qu’une vaste inondation en 1998 associée à la crise alimentaire et énergétique de 2008 ont vraisemblablement causé la chute de millions de familles sous le seuil de 1,25$ au cours de cette dernière période. En dépit du recul qu’ont entraîné ces catastrophes, près de 10 millions de personnes au total ont réussi à s’affranchir de la pauvreté.

Sam Daley-Harris, Directeur de la Campagne du Sommet du Microcrédit, commente :
Alors que l’étude du Bangladesh n’avait pas pour but de déterminer la causalité, il est très significatif de constater que le nombre de clients de microfinance qui sont sortis de la pauvreté soit similaire aux données nationales sur la réduction de la pauvreté. La majorité de la pauvreté au Bangladesh est concentrée dans les zones rurales et il en est de même pour les clients de microfinance.

Lire le rapport complet (en anglais) : http://www.microcreditsummit.org/uploads/files/Bangladesh_Report_FINAL-embargoed.pdf

Notes

- La Campagne du Sommet du Microcrédit (Microcredit Summit Campaign) est un projet de RESULTS Educational Fund, un groupe de plaidoyer du microcrédit ayant son siège aux États-Unis et voué à créer la volonté de mettre fin à la pauvreté.

- Economic Research Group est une organisation à but non lucratif ayant ses assises au Bangladesh, qui a été fondée pour promouvoir l’éducation et la recherche avec comme objectif d’améliorer la justice sociale et économique

samedi 5 mars 2011

Bilan de l'ADIE en 2010 pour le microcrédit

L'Association pour le droit à l'initiative économique (ADIE) a publié sur son site le bilan de l'année 2010 : plus de 12.000 microcrédits à des personnes en situation de précarité pour leur permettre de créer leur propre emploi. Plus exactement, l'ADIE a accordé 12.023 microcrédits, a financé 10.190 entreprises et a permis de créer 14.062 emplois.

L'activité 2010 a cependant été moins performante qu'en 2009, en raison de la crise économique et du manque de fonds propres destinés aux créateurs d’entreprise. Il s'agit de la première baisse d'activité depuis sa création en 1989.



Maria Nowak, présidente de l'ADIE.

Maria Nowak, présidente de l'ADIE, a publié le communiqué suivant :
"Nous savons que la crise n'est pas finie, que les déficits publics, pour être résorbés, pèseront sur le pouvoir d'achat et la croissance, que les dérives du capitalisme ne disparaitront pas d’elles-mêmes. Et pourtant, l'esprit d'entreprise dont le manque a été souvent déploré dans notre pays, explose avec le statut de l'auto- entrepreneur, les chômeurs n'hésitent pas créer leur emploi et l'appareil de production se rénove à la base.

Plus que jamais dans cette période difficile, l'ADIE a besoin de ses partenaires pour mettre à la disposition des chômeurs créateurs d'entreprise l'ensemble des services financiers dont ils ont besoin, et notamment les fonds propres nécessaires à la création, ainsi que les services d'accompagnement qui contribuent à leur réussite. L'initiative et la solidarité restent les deux piliers indissociables du microcrédit".

vendredi 4 mars 2011

L'affaire Muhammad Yunus - Bangladesh

L'information a beaucoup circulé ces derniers jours : le 2 mars, la Banque du Bangladesh, banque centrale du pays, a licencié Muhammad Yunus de la Grameen Bank, dont il est le fondateur. Raisons invoquées : à 70 ans, Muhammad Yunus a dépassé l’âge légal de la retraite (60 ans) ; de plus, sa nomination comme directeur général, en 2000, n’aurait pas obtenu l’accord préa­la­ble de la banque centrale, nécessaire d’après le règlement fondateur de la Grameen Bank.

Addendum (8 mars 2011) : Muhammad Yunus licencié de la Grameen Bank

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Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix menacé par les autorités du Bangladesh.

Une affaire politique


Les relations entre Muhammad Yunus et la Première ministre Sheikh Hasina Wajed sont conflictuelles de longue date. En 2007, Muhammad Yunus avait accordé un entretien à l'AFP au cours duquel il avait déclaré que la politique au Bangladesh était simplement une affaire de "pouvoir pour faire de l'argent", ce qui lui valut une plainte pour diffamation déposée en janvier 2007 par un membre d'un petit parti de gauche.

Il faut se souvenir qu'en 2007, l'actuelle Première ministre Sheikh Hasina a avait été accusée d'extorsion de fonds et de complicité de meurtres. Des charges qui ne lui ont finalement valu aucune peine, la Haute Cour s'estimant incompétente en vertu des lois d'urgence concernant les crimes commis avant l'imposition de l'état d'urgence.

On comprend donc que les attaques de Yunus sur la corruption politique l'aient touchée ! Ces derniers mois, elle avait déjà accuser la Grameen Bank de "sucer le sang des pauvres", en pratiquant des taux d'intérêt jugés trop élevés.

D'après Arnaud Ventura, vice-président du groupe PlaNet Finance, dont Yunus est le Président d'honneur, en raison de ses velléités politiques, le fondateur de la Grameen Bank "a été soumis à des pressions nombreuses, et même à des menaces de mort. Le premier ministre a clairement une dent contre lui".

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Sheik Hasina Wajed : Premier ministre du Bangladesh, en campagne anti-Yunus.

Mobilisation internationale en faveur de Yunus

Muhammad Yunus a lancé une pétition pour défendre sa cause, appuyé par le Quotidien de Dacca : "Indépendamment de la conception négative qu'a le gouvernement du microcrédit, celui-ci reste l'unique apport du Bangladesh au reste du monde, grâce à Yunus." Un groupe facebook "Support Yunus: Nobel Peace Prize winner under attack" a également été créée.

L'ambassade américaine à Dacca a exprimé son "profond trouble" devant la tentative de limogeage et demandé à Dacca de traiter M. Yunus avec respect.

Sur son blog, Martin Hirsch, l'ancien président d'Emmaüs France, a publié une tribune intitulée "Il faut sauver le Professeur Yunus !", dans laquelle il écrit : "cela fait trois mois que le Professeur Yunus fait l'objet d'une terrifiante entreprise de déstabilisation dans son propre pays [...] Jusqu'à présent, rien n'a dissuadé le gouvernement du Bengladesh de poursuivre son noir dessein : destituer le Professeur Yunus, tenter de le discréditer, de le déshonorer. Cette tentative de bayonner un prix Nobel de la paix rappelle ce qui s'est passé en Birmanie, avec une autre combattante de la paix et de la liberté. Il faut une mobilisation internationale pour soutenir le Professeur Yunus".

Bernard-Henri Levy ne s'est pas encore exprimé dans son formidable bloc-note du Point. On attend sa réaction d'ici quelques jours.

La Haute Cour de Dacca devrait rendre son verdict le 6 mars. Affaire à suivre, donc.

mardi 1 mars 2011

Lancement de microStart à Bruxelles

L'ADIE, BNP Paribas Fortis, la Commission européenne et le Fonds européen d'investissement (FEI), ont annoncé le lancement d'un programme-pilote de microcrédit - microStart - dans les quartiers de Bruxelles souffrant le plus du chômage. MicroStart propose, depuis janvier 2011, des microcrédits, individuels ou collectifs, de 1.000 à 10.000 euros, à des personnes exclues du crédit bancaire et souhaitant créer ou développer une activité professionnelle indépendante.

Voici les commentaires des initiateurs de ce projet de microcrédit :
Richard Pelly, Président du Fonds européen d'investissement : "Nous sommes heureux de soutenir le lancement de cette nouvelle Institution de microfinance grâce a l'accord signé aujourd'hui. Nous sommes convaincus que microStart dynamisera le marché de la microfinance et encouragera la création de micro-entreprises en Belgique".

Maria Nowak, Présidente de l'ADIE : "Je me réjouis de voir le microcrédit, que l'ADIE a elle-même importé du Bangladesh et adapté au contexte des pays industriels il y a plus de 20 ans, s'étendre en Europe. Les initiatives de l'Adie en faveur de entrepreneuriat populaire dans les quartiers sensibles notamment, ont fait leur preuve en France ; je ne doute pas qu'elles porteront également leurs fruits en Belgique".

Max Jadot, PDG de BNP Paribas Fortis : "Lorsque l'on regarde de plus près l'évolution économique, démographique et de l'emploi dans certaines communes et quartiers de Bruxelles, il n'est pas difficile d'être convaincu de la nécessité d'une telle approche. Je suis particulièrement heureux d'inaugurer officiellement un tel projet qui illustre à plusieurs égards le dynamisme et la force positive que l'intégration de Fortis au sein du groupe BNP Paribas entend apporter à l'économie belge, tant pour les entreprises que pour tous les citoyens de ce pays, et en particulier les plus démunis".

2000 microcrédits octroyés à Ghardaia en Algérie

Said Barkat, le ministre algérien de la Solidarité nationale et de la famille a annoncé le 26 février que 2000 microcrédits sans intérêt ont été octroyés à des jeunes porteurs de projets et aux femmes au foyer de la wilaya de Ghardaia. Cette initiative s'inscrit dans le cadre des mesures prises par le Conseil des ministres en vue de prendre en charge les aspirations des populations défavorisées et créer de l'emploi pour les porteurs de projets, a précisé M. Barkat en visite dans la wilaya.

A noter que Said Barkat est également Président de l'association Les Droits de l'Enfant, ainsi que membre du bureau de l'Union des médecins algériens et de l'organisation humanitaire du Croissant Rouge algérien.

Sources : Algérie-Soir et Algérie 360.